Riad Sattouf , L’Arabe du futur, Allary éditions

  Ce livre raconte l’histoire vraie d’un écolier blond et de sa famille dans la Syrie d’Hafez Al-Assad.
Né d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient.
Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était ballotté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.
Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.
La vie paysanne et la rudesse de l’école à Ter Maaleh, les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre : ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad. [Source : site de l'éditeur]

Fin
 
Kate Atkinson, Une vie après l'autre, Grasset   

  11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt aussitôt.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – et meurt, quelques minutes plus tard, le cordon ombilical enroulé autour du cou.
11 février 1910 : Ursula Todd naît – le cordon ombilical menace de l’étouffer, mais cette fois le médecin est là pour le couper, et Ursula survit…
Ursula naîtra et mourra de nombreuses fois encore – à cinq ans, noyée ; à douze ans dans un accident domestique ; ou encore à vingt ans, dans un café de Munich, juste après avoir tiré sur Adolf Hitler et changé ainsi, peut-être, la face du monde…
Etablis dans un manoir bucolique du nom de Fox Corner, les Todd portent sur leur environnement le regard distancié, ironique et magnanime de ceux que les tragédies de l’Histoire épargnent. Hugh, le père, travaille à la City, tandis que Sylvie, la mère, reste à la maison et élève ses enfants à l’ancienne. Mais le temps, en la personne d’Ursula, va bientôt se détraquer, se décomposer en une myriade de destins possibles qui vont, chacun à sa manière, bouleverser celui de la famille…

Si l’on avait la possibilité de changer le cours de l’histoire, souhaiterions-nous vraiment le faire ? Atkinson. [Source : site de l'éditeur] 

Fin

DIDIER VAN CAUWELAERT, Dictionnaire de l'impossible, Plon
  Didier van Cauwelaert nous offre un panorama des phénomènes les plus étonnants. Des faits qui semblent a priori impossibles et sont pourtant explicables. Preuves scientifiques à l'appui.
  Voyager dans le futur, modifier le passé, communiquer par télépathie avec un chat, un chien, un oiseau, un arbre, c’est impossible, a priori. Et pourtant…
   Des mystères de l’intelligence animale aux dernières découvertes sur notre cerveau, des guérisons inexpliquées de Lourdes aux transformations du climat à usage militaire, des tables tournantes de Victor Hugo aux manipulations médiumniques de Hitler en passant par le double miracle « infligé » à Emile Zola, des complots les plus tordus aux supercheries les plus subtiles, Didier van Cauwelaert explore, avec passion et humour, une centaine de situations impensables qui ont fait l’objet de publications scientifiques, d’enquêtes policières, de décisions de justice. Au-delà de l’extraordinaire se dessine alors une nouvelle approche du réel. Une philosophie de la vie qui pourrait nous aider à comprendre enfin ce qui nous dépasse…
 [Source : site de l'éditeur]

Fin

Catherine Cusset, Le problème avec Jane, Gallimard
 «Jane ne recevait jamais de paquet chez elle. Elle le prit. Solide, rectangulaire et plutôt lourd : sans doute un livre. Elle se battit contre l'enveloppe rembourrée, agrafée et collée. Elle en sortit une chemise en carton jaune. Une disquette tomba sur le sol carrelé avec un bruit sec. La chemise contenait un manuscrit en feuilles détachées. Sur la première page, elle lut :

LE PROBLÈME AVEC JANE
roman


Pas de nom d'auteur. Elle regarda l'enveloppe marron : pas de nom d'expéditeur. Le paquet avait été posté à New York cinq jours plus tôt. Elle parcourut rapidement les premières pages. Il s'agissait d'elle. Quelqu'un de bien informé. Le manuscrit comptait trois cent soixante pages et s'achevait sur cette phrase : "En bas elle trouva le paquet avec le manuscrit." À travers ce thriller psychologique, dans un style simple et tendu, c'est une radiographie des rapports amoureux et sociaux dans l'Amérique contemporaine que nous propose Catherine Cusset.

 [Source : site de l'éditeur]

Fin

Hervé Le Tellier, Joconde sur votre indulgence, Le Castor Astral
  Cent divagations complémentaires autour du tableau le plus célèbre au monde. Hervé Le Tellier regrettait de ne pas avoir pu citer les points de vue de Calvino, de Rabelais ou de l’agent 007 des Services secrets de Sa Majesté. Voilà chose faite. Bien sûr, le sujet ne saurait être épuisé. Manquent encore cruellement les points de vue du général de Gaulle, de Mickey Mouse ou du raton-laveur. Mais les pires choses ont une fin.  [Source : site de l'éditeur]

Fin

Hervé Le Tellier, Joconde jusqu’à 100, Le Castor Astral
  La Joconde n’a rien fait à Hervé Le Tellier qui l’autorise à la traiter ainsi. Queneau et ses Exercices de style aurait-il toléré un tel manque de respect, lui qui fut le gardien zélé des traditions et du bon goût ? Joconde jusqu’à 100, c’est 99 + 1 points de vue iconoclastes sur une pauvre fille qui n’a pas mérité ça, c’est sûr !  [Source : site de l'éditeur]

Fin

Sami Tamimi, Yotam Ottolenghi, Jérusalem, Hachette
  Les saveurs et les senteurs de Jérusalem sont notre langue maternelle. Les herbes sauvages ramassées lors de voyages scolaires, les jours de marché, les odeurs du sol sec un jour d'été, les chèvres et les moutons errants dans les collines, les pitas fraîches, le persil coupé, les figues noires, les gâteaux sirupeux, les cookies friables...  [Source : site de l'éditeur]

Fin

 

 

 

 

Laura Kasischke, Esprit d'hiver, Christian Bourgois

Noël, 20--
1
Ce matin-là, elle se réveilla tard et aussitôt elle sut :
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
C'était dans un rêve, pensa Holly, que cette bribe d'information lui avait été suggérée, tel un aperçu d'une vérité qu'elle avait portée en elle pendant - combien de temps au juste ?
Treize ans ?
Treize ans !
Elle avait su cela pendant treize ans, et en même temps elle l'avait ignoré - c'est du moins ce qu'il lui semblait, dans son état de demi-veille, en ce matin de Noël. Elle se leva du lit et s'engagea dans le couloir en direction de la chambre de sa fille, pressée de voir qu'elle était là, encore endormie, parfaitement en sécurité.
Oui, elle était là, Tatiana, un bras blanc passé sur un couvre-lit pâle. Les cheveux bruns répandus sur l'oreiller. Si immobile qu'on aurait dit une peinture. Si paisible qu'on aurait pu la croire...
Mais ce n'était pas le cas. Elle allait bien. Rassurée, Holly retourna dans sa chambre et se glissa de nouveau dans le lit près de son époux - mais, à peine allongée, elle pensa encore une fois :
Cela les avait suivis jusque chez eux !
C'était quelque chose que Holly avait su, apparemment, au plus profond de son cœur, ou de son inconscient ou quel que soit l'endroit où ce genre d'information se terre à l'intérieur d'une femme, à son insu, pendant des années, jusqu'à ce qu'un événement lui fasse prendre conscience qu'elle a oublié, ou refoulé, ou...
Ou bien était-ce une chose qu'elle avait volontairement ignorée ? À présent, elle s'en apercevait :
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !
Mais quoi ?
Et Holly pensa alors : Je dois l'écrire avant que cela ne m'échappe. Elle avait déjà ressenti ça plus jeune - l'envie presque paniquée d'écrire à propos d'une chose qu'elle avait entraperçue, de la fixer sur la page avant qu'elle ne file à nouveau. Certaines fois, il avait failli lui soulever le cœur, ce désir d'arracher d'un coup sec cette chose d'elle et de la transposer en mots avant qu'elle ne se dissimule derrière un organe au plus profond de son corps - un organe un peu bordeaux qui ressemblerait à un foie ou à des ouïes et qu'elle devrait extirper par l'arrière, comme si elle le sortait du bout des doigts d'une carcasse de dinde, si jamais elle voulait l'atteindre une nouvelle fois. Voilà ce que Holly avait ressenti chaque fois qu'elle écrivait un poème, et pourquoi elle avait cessé d'en écrire.
Mon Dieu, cette pensée était pourtant comme un poème - un secret, une vérité, juste hors de portée. Holly allait avoir besoin de temps pour arracher d'elle cette pensée et l'examiner à la lumière, mais elle était en elle, qu'elle en ait eu ou pas conscience avant ce moment. Comme un poème aspirant à être écrit. Une vérité insistant pour être reconnue.
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !
Cela expliquait tellement d'événements !
Le chat qui s'éloignait en rampant. Ses pattes arrière, sa queue.
Et son mari. La bosse sur le dos de sa main, tel un minuscule troisième poing - celui d'un homoncule ! - qui grossissait. On lui avait dit que c'était bénin, mais comment un tel phénomène pouvait-il être bénin ? On lui avait conseillé de ne pas y faire attention, mais comment faire ? Une chose poussait à l'intérieur de son mari, ou essayait de se frayer un chemin hors de lui. Comment était-il possible de ne pas y faire attention ? (Même si, pour rendre justice au Dr Fujimura, ils avaient appris à ne pas y faire attention, et la bosse avait finalement cessé de grossir, comme le médecin l'avait prédit.)
Et Tante Rose. De quelle manière son langage avait changé. Comment elle s'était mise à parler une langue étrangère. Comment Holly avait cessé de répondre à ses appels parce qu'elle ne le supportait plus, et comment ses cousins s'étaient mis en colère : Elle aimait te parler. Tu étais sa préférée. Tu l'as abandonnée alors qu'elle était en train de mourir.
Et puis les poules. Se liguant contre l'une d'entre elles, contre celle qu'elle avait baptisée, de façon si stupide, si désinvolte, Sally. Six semaines et puis...
Ne pense pas à Sally. Ne pense jamais plus à cette poule et à son horrible nom.
Et cette tache d'humidité tel un visage indistinct au-dessus de la table de la salle à manger - bien qu'ils n'aient jamais pu localiser par où l'eau aurait pu s'infiltrer à travers leur toit garanti aussi étanche que la peau. Les couvreurs étaient restés plantés là, dans leurs bottes dégoûtantes, les yeux levés vers la tache, refusant d'être tenus pour responsables.
Sans aucune raison non plus, le papier peint de la salle de bains s'était décollé. Juste un bord. Et rien à faire pour le maintenir en place. Ils avaient essayé tous les adhésifs sur le marché, mais le papier peint au motif de marguerites tenait bon pendant exactement trois jours et trois nuits avant de se décoller de nouveau.
Il fallait que Holly note tous ces événements, cette preuve ! Le chat, Tante Rose, la bosse sur le dos de la main de son mari, les poules, la tache d'humidité, le papier peint - ainsi que l'indice fourni par son rêve :
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
Combien de temps avait passé depuis l'instant où elle s'était réveillée avec le besoin d'écrire ? Mon Dieu, comme elle avait autrefois éprouvé le besoin d'écrire. Aujourd'hui, elle en éprouvait à nouveau le besoin. Quelle heure était-il ? Elle était encore au lit, ou s'était recouchée. S'était-elle déjà levée pour aller jeter un coup d'œil à sa fille ? Ou bien l'avait-elle rêvé ? Était-elle revenue s'allonger avant de sombrer à nouveau dans le sommeil ? Peut-être. À présent, sans ouvrir les yeux, elle devinait que c'était le matin et qu'il neigeait.
Avait-elle un stylo dans cette pièce ? Si elle mettait la main sur un stylo avant qu'Eric et Tatiana ne se réveillent, serait-elle vraiment capable de s'asseoir un moment pour écrire ? Cette habitude brisée. Cette nécessité abandonnée.
Holly s'en pensait capable. Elle serait capable d'écrire. Elle le sentait - elle en sentait la douleur amère. Il y avait comme une atroce pression sur ses poumons. Il y avait, elle le sentait, quelque chose de bouché dans sa poitrine. Elle imagina vomir cette chose hors d'elle, comme vomir un cygne - une créature au long cou entortillé nichant dans sa gorge à elle -, s'étrangler avec ses plumes et tous les calamus décharnés. Comme elle se sentirait soulagée ensuite, allongée sur le sol de la chambre près du cygne qu'elle aurait vomi, hors d'elle, dans le monde.
Dehors le vent résonnait tel un nerf qu'on aurait tiré d'un coup à travers l'arbre, juste devant. C'était le matin de Noël, mais il était tard. Peut-être presque neuf heures. Ils ne dormaient jamais aussi tard le matin de Noël ! Bien trop de rhum dans le lait de poule hier soir. Tatty dormait-elle encore ? Son bras pâle, couvre-lit pâle, oreiller pâle éclaboussé de ses cheveux bruns, immobile. Holly était allée jeter un coup d'œil dans sa chambre, elle s'en souvenait, mais c'était il y a des heures, n'est-ce pas ? Tatty était sûrement debout à présent, prête à ouvrir ses cadeaux. Où était-elle ? Pourquoi n'était-elle pas venue dans leur chambre pour les réveiller ?
Parce qu'elle avait quinze ans, bien sûr. Elle aussi dormait probablement encore. Il n'y aurait plus jamais de matin de Noël, aux aurores, la petite Tatty entrant dans leur chambre pour leur donner de légères claques au visage de ses petites mains, humides et neuves. Au lieu de quoi, ils avaient tous dormi trop longtemps ce matin de Noël, et Holly s'était réveillée avec cette petite horreur à l'esprit, quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
Quelque chose de mauvais ?
Eh bien, peut-être pas mauvais. Mais cela les avait minés. Et continuait de les miner.
« Oh, c'est la maternité, dirait Thuy. Tu parles de la maternité. Les enfants te vampirisent ton énergie... »
Mais n'oublions pas le chat. Le papier peint. Tante Rose. Même alors qu'elle était encore à moitié lucide, qu'elle s'exprimait encore avec des mots anglais familiers, Holly avait eu l'impression que Tante Rose récitait des vers du Sermon du feu : Sur la plage, à Margate. Je ne puis rien relier à rien des ongles écornés des mains douteuses ma famille d'humbles gens qui n'attendent rien la la ...
Et il y avait eu leurs CD aussi, n'est-ce pas ? Tous leurs préférés avaient été rayés, comme du jour au lendemain - bien que, plus certainement, le délit se fût déroulé sur une période plus longue. Tous leurs CD préférés sans exception avaient été endommagés et Eric et Holly ne s'étaient jamais donné la peine de les remplacer. Ils s'étaient contentés de les laisser là, sur une étagère, comme leurs livres, qu'ils ne descendaient plus pour lire, ni même pour souffler la poussière qui les recouvrait.
Et en parlant de poussière ! Mon Dieu, elle était partout. Elle épuisait Holly. Elle flottait, insupportable, transportant encore des poils de chat des années après la disparition de celui-ci, ainsi que des mèches des longs cheveux bruns de Tatiana. Quand Holly se plaignait de la poussière, Eric prétendait qu'il ne la voyait pas, qu'il ne savait pas de quoi elle parlait mais que, si cela l'ennuyait à ce point, elle pouvait embaucher une nouvelle femme de ménage.
Et oui, elle aurait pu embaucher une nouvelle femme de ménage, mais elle n'avait même pas pu trouver l'énergie de le faire, pas après la dernière qu'ils avaient employée, et son accident sur les marches à l'arrière de la maison, elle avait glissé sur le verglas en sortant un sac poubelle. Et même avant cela, ses allergies, ses éruptions cutanées, et la culpabilité éprouvée par Holly, car elle payait une autre femme, une femme plus pauvre, une femme parlant espagnol, pour se charger à sa place de cette tâche intime qu'elle aurait été tout à fait capable d'accomplir elle-même.
Poussière, épuisement, c'était dans l'air :
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.
Répète cette phrase, pensa Holly. C'est un refrain. Comme dans un poème. Écris-la. Écris de quelle manière un visage fantôme a finalement pointé son nez en ce matin de Noël (ils avaient dormi si tard) et s'est dévoilé.

Quelque chose qui avait été là depuis le début. À l'intérieur de la maison. À l'intérieur d'eux-mêmes. Cette chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.  [Source : site de l'éditeur]

Fin

 

 

 

 

  

 


 

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